Mariage pour ours

16 Avr

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Au début je ne voulais pas m’investir plus que ça dans le débat sur le mariage pour tous, je pensais alors qu’il y avait des sujets biens plus graves et complexes sur lesquelles se pencher comme le chômage, la crise, les OGM, Notre-Dame-Des-Landes, le conflit israëlo-palestinien, les abeilles… mais plus ça va plus je comprends qu’il y a un lien plus ou moins direct entre chaque problème de société, que chacun d’entre eux n’est jamais complètement isolé.

Si je ne souhaitais pas m’investir au début c’est que, comme tout-le-monde, je n’avais pas anticipé le clivage et la haine grandissante que cela allait engendrer. Aujourd’hui on en est arrivé à un tel point que, quitte à dire des conneries, je souhaitais contribuer au bordel général en proposant les miennes. Dans le désordre je vais vous parler de frustration, de féminisme, de suicide, du film American Beauty et des cours de piscine en primaire.

Avant d’aller plus loin il est important de préciser que je ne suis pas homosexuel, je n’ai pas besoin de l’être pour défendre l’humain qui vit dans chaque homo, comme je n’ai pas besoin d’être un arbre pour défendre la forêt ou d’être une femme pour être féministe. Oui je me considère également comme féministe, pas forcément comme les Femens dont je reconnais autant leur importance que leurs maladresses, mais je considère tout simplement que la femme est encore loin d’être respectée et considérée en temps qu’être humain au même titre que les monsieurs, à mon avis là-dessus pas besoin de dessin.

Comme pas mal d’humains j’ai un jour été plus jeune que je ne le suis aujourd’hui, après avoir été un enfant je suis passé par l’adolescence et la découverte de la sexualité. Au début mon zizi ne servait à pas grand-chose d’autre qu’à faire pipi, un jour vinrent quelques petits poils et progressivement il commença à se mettre au garde-à-vous, j’ai ensuite découvert qu’on pouvait se faire du bien tout seul avec ce drôle de machin. Je savais plus ou moins qu’on pouvait également se faire plaisir à deux, mais le mode d’emploi étant un peu abstrait, il fallait bien que je me débrouille comme je pouvais pour découvrir ma bonne méthode. Au début les filles à l’école c’était ce genre de truc qui me rendait tellement dingue que j’arrivais même pas à leur parler sans bégailler, on va dire que j’étais impressionné et intimidé qu’on puisse mettre tant de désir et d’attrait dans une personne, et je me demandais si ce questionnement était réciproque. Malgré mon innocence juvénile j’étais un peu désemparé et je sentais bien qu’il y avait un espèce de tabou autour de ce sujet : la sexualité de l’enfant (car oui, à 11/12 ans on est encore un peu un enfant). Je n’osais donc pas trop en parler à mes parents et à d’autres adultes et c’est avec mes copains de classe qu’on allait tout naturellement s’interroger sur cet étrange phénomène. Un des endroits les plus propices à l’échange, à la découverte de son corps et de celui des autres était le vestiaire commun mais non mixte de la piscine. On se retrouvait tous à poil dans cet endroit fermé et pour feinter notre pudeur et notre malaise on faisait n’importe quoi avec notre sexe, on se comparait la taille, on comptait nos poils, on se touchait un peu et on pouvait même se rendre coupable d’érection publique… Bien sûr, une fois sorti du vestiaire c’était motus et bouche cousue, pas question de griller ce qu’on découvrira plus tard s’appeler la virilité. Je crois même savoir que dans le vestiaire des filles la confrontation des corps était également une discipline largement pratiquée, peut-être que certaines lectrices confirmeront ?

C’est à ce moment là que beaucoup de choses se passent dans notre tête, dans nos corps, dans nos cœurs et cela aura une importance capitale pour la suite de notre vie, on va apprécier ou non ces expérimentations, on va plus ou moins culpabiliser, en tout cas on va se poser la question de notre penchant sexuel et tout ça va rester emprisonné dans nos pensées, encore un fois je répète que le sujet est largement tabou. Je me suis un moment posé la question de mon éventuelle homosexualité, mais en constatant que mes pensées masturbatoires visualisaient des êtres avec des seins et pas de zizi et que ce dernier me dirigeait vers le sexe opposé j’en conclu que la suite de ma découverte sexuelle se ferait avec des femmes. Je ne regrette pas, c’est tout simplement merveilleux, mais si j’avais été homo, j’aurais souhaité prendre tout autant de plaisir avec les hommes.

Je n’ai jamais pensé que j’étais plus normal qu’un autre camarade qui aurait voulu explorer plus profondément sa sexualité avec une personne du même sexe que lui, mais à maintes reprises je compris que j’avais de la chance de ne pas être homo, car bien que ce ne soit pas interdit officiellement, la répercussion du regard de la société sur ce penchant sexuel peut faire des ravages énormes sur les personnes. Je me souviens d’un repas avec mes parents il y a assez longtemps où ma mère se sentait rassurée que je ne sois pas homosexuel, ce n’était pas dans le sens où elle n’accepterait pas ça, mais plus dans le sens que ça m’éviterait bien des ennuis vis-à-vis du regard des autres. Si j’avais été homo ça aurait peut-être fait bizarre à mes parents dans un premier temps mais ils sont assez ouvert et je pense qu’ils ne m’auraient pas dénigré pour autant.

Je me mets aujourd’hui à la place d’un jeune homme qui aurait un parcours similaire et assez classique comme le mien, à la nuance prêt qu’il ai penché pour les garçons et que ses parents ne soient pas tolérants sur le sujet. Et là ça se complique drôlement.

Il y a plusieurs schémas possibles mais rarement de belles issues. Le nombre de schémas étant infini, je vais en vulgariser quelques-uns qui me semblent assez parlants :

Premier cas : l’intéressé assume sa sexualité et ses parents l’acceptent et changent leur regard sur le sujet, ce qui est un peu utopique mais pas impossible (l’utopie a du bon). Ici tout-le-monde est content.

Deuxième cas : l’intéressé assume sa sexualité mais pas ses parents. Cela crée un conflit familial. Après avoir été brimé, bardé d’interdits et après avoir tenté plusieurs fois le suicide (un appel au secours ndlr), le jeune homme se barre en froid et la famille est déchirée. Le jeune homme grandi en s’épanouissant sexuellement mais en trainant avec lui la douleur et la colère de l’injustice de la séparation d’avec ceux qui l’ont mis au monde, en général ces derniers sont des personnes qui comptent, en bien ou en mal. Le jeune homme et les parents sont malheureux de la situation.

Troisième cas : l’intéressé refoule sa sexualité de peur des représailles et de chambouler le semblant d’harmonie familial. Il peut éventuellement faire quelques tentatives de suicide ou alors complètement renier ses pulsions et adopter un schéma classique en épousant une femme qu’il n’aime pas et lui flanquer trois marmots qu’il n’aimera pas non plus avant de se révéler à son homosexualité à la veille de sa mort et de décider de vivre pleinement les trois minutes qu’il lui reste en larguant tout derrière lui. Convenons que ça devrait laisser quelques séquelles traumatisantes pour les membres de la famille que notre intéressé a conçu sans le vouloir.

Troisième cas bis : l’intéressé refoule sa sexualité de peur des représailles et de chambouler le semblant d’harmonie familial. Cette fois-ci notre bonhomme évoluera vers un célibat éternel, ne connaitra que la branlette, en voudra à la terre entière et si la frustration ne le rend pas trop malade mental il deviendra prêtre et se vengera éventuellement sur des petits enfants dont il a oublié que ces derniers grandissent et se souviendront de lui. S’il ne devient pas prêtre il mourra puceau et frustré. C’est quand-même assez triste.

Troisième cas ter : l’intéressé refoule sa sexualité de peur des représailles et de chambouler le semblant d’harmonie familial. Ce troisième cas ter peux s’avérer également dangereux car il vouera une haine incommensurable envers les homosexuels qui s’assument car ils lui renverront sa propre frustration en pleine face et il ira peut-être jusqu’à être violent contre eux car il se rendra compte qu’il est en train de gâcher son unique vie et ne peut se résoudre à l’accepter. Sa vie tournera autour de la haine des homos (et de tout ce qui est différent de lui) car la morale l’aura brimé et empêché d’être heureux en s’assumant comme le destin sexuel l’a voulu pour lui. J’ai une sorte de compassion pour ces gars remplis de haine, ils n’y sont pas pour grand-chose, ils n’ont simplement pas été reconnu pour ce qu’ils sont et veulent que tout-le-monde en chie comme eux. Je n’excuse pas leurs actes mais j’essaye de les comprendre, ça demande effectivement de ne pas se complaire dans la paresse intellectuelle.

C’est là que j’ai envie de parler du film American Beauty, je m’excuse d’avance pour ceux qui ne l’ont pas vu car je vais ici en révéler la fin. Je vais surtout vous parler du père du voisin de la fille du personnage principal (si vous avez du mal à remettre les personnages dans l’ordre c’est pas trop grave). En gros ce père est un colonel autoritaire et violent et élève tout seul son fils dans un pavillon de banlieue américaine quelconque. Il est tellement droit dans ses bottes et n’aime tellement pas les pédés et ce qui peut entacher la morale qu’il voue une certaine fascination pour le nazisme dont il collectionne de la vaisselle tamponné de croix gammées. Son fils flirte avec la fille du voisin et va sympathiser avec ce dernier. Le colonel va être troublé par la relation que son fils entretient avec le père de la voisine et va lui flanquer une balle dans le crâne après avoir essayé de lui rouler une galoche. En voulant l’embrasser il met à nue son homosexualité refoulée et élimine ce témoin-victime par qui ça aurait pu se savoir. En gros il se dit : « Mieux vaut qu’il soit mort qu’on découvre ma vraie nature homosexuelle. »

Bref c’est pas évident de résumer un film et ce n’est que mon interprétation mais je vous invite à regarder ce film qui interroge sur la morale, la frustration et la sexualité.

En parlant de tout ça je ne cherche pas à démontrer que tous les opposants au mariage pour tous sont des homos refoulés ou de méchants homophobes mais ce mouvement en fait ressurgir une réalité inquiétante et je voudrais faire comprendre que la reconnaissance de l’égalité entre les hétéros et les homos est nécessaire pour le bien être de tout-le-monde et que le mariage entre personnes du même sexe est nécessaire pour reconnaître cette égalité. A aucun moment ça ne poussera ceux qui ne sont pas homo à le devenir mais ça aidera ceux qui le sont à l’assumer et à vivre plus heureux. Et si c’est la peur de voir la race humaine s’éteindre petit à petit qui en freine encore certains, on pourra toujours les rassurer en leur expliquant qu’une reconnaissance de l’homosexualité fera également baisser le nombre de suicides chez les homos qui en sont parmi les plus grosses victimes, du coup ça équilibre la balance. Et puis après il existe la PMA et l’adoption, mais on n’en est pas encore là…

Donc si on pouvait enfin s’occuper par exemple de la fonte des glaces et la répercussion sur les ours polaire qui est, entendons-nous, un problème autrement dramatique, il serait grand temps de lâcher l’os sur lequel certains sont accrochés pour passer à autre chose, on laisse le cour de l’histoire avancer dans le sens de la tolérance et de l’égalité et on se calme, la patience contre l’intolérance à des limites et comme dirait l’autre pollueur : l’énergie est notre avenir, économisons-la !
Gaspard

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2 Réponses to “Mariage pour ours”

  1. Rémi 17 avril 2013 à 11:11 #

    Merci pour l’article plein de bon sens Gaspard. Nous ne nous connaissons pas et je n’ai pas pour habitude de troller, mais je tiens tout de même à souligner un passage qui m’a quelque peu dérangé dans ton troisième cas bis. Il s’agit de celui ci :

    « si la frustration ne le rend pas trop malade mental il deviendra prêtre et se vengera éventuellement sur des petits enfants dont il a oublié que ces derniers grandissent et se souviendront de lui. S’il ne devient pas prêtre il mourra puceau et frustré. C’est quand-même assez triste. »

    Je comprends l’accentuation et l’exagération par l’absurde ou le grotesque, toutefois il y a dans l’énonciation de cette situation un amalgame (deux pour être exact) dont je trouve qu’ils sont quelques peu dommageables à la qualité de ton propos.

    Le premier est bien évidemment le fameux homosexualité = pédérastie = pédophilie. Trois concepts très différents, sans rapports les uns avec les autres et qui se côtoient encore sans raison beaucoup trop souvent. Refouler une orientation homosexuelle et/ou l’envie de s’adonner à des pratiques homosexuelles n’est en rien semblable/lié/comparable à de la pédophilie, et ne prédispose a priori en rien à devenir pédophile. Il est dommage de fait que ces deux termes se côtoient dans ton article.

    Le second est le prêtre = pédophile, que je trouve un peu facile et dénué de tact à l’égard de l’ensemble du corps clérical catholique ou protestant, avec lequel je partage certes peu d’idées, mais dont je dois reconnaître qu’il compte a priori dans ses rangs plus de personnes animées de bonnes intentions que de violeurs d’enfants.

    Je souhaitais juste te soumettre ces deux observations afin que tu puisses, si tu le juges utile, réviser ton propos à ce sujet.

    Bien cordialement.

    R

  2. gaspardhazard 17 avril 2013 à 14:44 #

    Bonjour Rémi,
    Merci pour votre commentaire constructif.
    Je comprends tout-à-fait vos remarques qui me rendent conscient des amalgames que vous soulevez. Il est vrai que ce deuxième exemple est un peu caricatural mais il permet d’aborder un autre sujet dans la lignée du mariage pour tous, le mariage des prêtres catholiques. Ce n’est pas à l’ordre du jour mais il serait peut-être bon d’y songer, je parle des prêtres catholiques car les protestants peuvent se marier, eux. Je ne veux pas dire par là que les prêtres catholiques sont tous des pédophiles, je ne me rabaisserais pas à ce genre de stigmatisation mais je pense que leur veux de chasteté entraine forcement de la frustration qui n’est bonne pour personne. Bien que leur vie soit vouée à Dieu et à la prière, qu’on le veuille ou non les prêtres catholiques restent des humains avec des pulsions. Heureusement certains d’entre eux pêchent et ont les moyens de se payer des prostituées ou de s’assouvir comme bon leur semble, pour les autres ça doit être dur, très dur, et chapeau à celui qui n’est jamais tenté ! Je ne crache pas contre la religion car à la base elle est censée prôner l’amour sur terre mais leurs représentants en sont privés, je ne fais que soulever un paradoxe certes un peu facile mais bien réel. Et puis je suis bien conscient qu’il existe également une partie de religieux progressistes qui sont pour le mariage pour tous mais ils sont bouffés par les traditionalistes moyenâgeux qui prennent toute la place, je ne demande qu’à les entendre s’exprimer. Pareil pour l’homo refoulé, je n’ai donné qu’un exemple non exhaustif de schémas que peut avoir le rejet de l’homosexualité, en fait je voulais illustrer d’une manière certes un peu cliché les conséquences que peuvent entrainer les frustrations, ce n’est pas l’homosexualité que je pointe du doigt, c’est bien la frustration qu’entraine le regard de la société sur sa non-acceptation. Pour finir il est difficile d’éviter les clichés dans ce débat, quand on entend les absurdités sorties par les anti on se laisse presque prendre au jeu de la répartie facile, j’admets ma faiblesse et mon exaspération par cette haine grandissante, je ne suis pas encore assez sage pour totalement maitriser ma colère, mais j’y travaille.

    Cordialement à vous aussi,

    Gasp

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